mardi 23 mars 2010

LE LIVRE: LA CONJURATION DES IMBECILES




C’est à la Nouvelle-Orléans, dans une modeste maison de Constantinople Street, que vit mon héros : Ignatius Reilly. Il est obèse, il porte en permanence une casquette de chasse verte, il joue du luth, il boit son café dans une tasse à l’effigie Shirley Temple et il critique sans cesse cette humanité qui manque tellement de théologie et de géométrie. Il n’aime que Boèce et lui-même.

Diplômé, trentenaire, il vit toujours chez sa maman, Irène, qui a de « l’arthurite », ne peut pas s’empêcher de boire du Moscatel et qui se prend de passion pour le « bouligne ». Et puis, selon les propos de son propre fils, Mme Reilly « ne cuisine pas, elle brûle. »


Ignatius, lui, inflige à son corps des litres de Dr Nut (boisson rendue célèbre par le roman, mais dont la production avait cessé avant sa publication). La seule expédition de sa vie est un voyage en bus à Bâton-Rouge, qui lui a laissé des séquelles psychologiques indélébiles. Il déteste Mark Twain et écrit lui-même, outre des articles qu’il n’a jamais envoyés aux journaux, un ambitieux acte d’accusation contre notre siècle.


Je l’adore, Ignatius, qui n’écoute que son anneau pylorique, qui se contracte et se desserre à volonté, selon les épreuves rencontrées. Il ne fait que manger, il rote en toutes circonstances, mais il est cet observateur du monde qui devient attachant. Pour lui, l’Homme est tombé au plus bas, puisque désormais il doit « affronter l’ultime perversion : aller au travail. » La télévision et le cinéma sont ses cibles préférées. Morceau choisi : « J’aimerais vraiment bien savoir ce que les pères fondateurs auraient à dire s’ils voyaient qu’on débauche ces enfants pour promouvoir la cause de Clearasil ! »


Observateur du monde, Ignatius s’abaisse à travailler chez Levy Pants, entreprise qu’il ruine suite à une lettre qu’il envoie à un fournisseur en commençant par : « Monsieur L. Abelman, PDG et quasi-mongolien. » Puis il finira vendeur de hot dogs. Mais le problème de ce livre est qu’il y a trop de choses à en dire, trop de citations à en extraire. Et je dois me plier à ce conseil qui accueille les personnes qui entrent chez les Reilly : « Un mot de trop coule un bateau. »


Il faut aller découvrir soi-même Miss Trixie qui croit qu’Ignatius est son ancienne collègue Gloria ; Darlene et le numéro qu’elle a répété avec son cacatoès pour relancer les affaires des « Folles nuits », bar glauque où l’alcool est coupé avec de l’eau. Il faut suivre les déboires de l’agent Mancuso et de tous ces autres personnages qui ont eu l’infortune de croiser, un jour, la route d’Ignatius Reilly.


La conjuration des imbéciles
a reçu le prix Pulizer en 1981. L’auteur, lui, s’était suicidé il y a bien longtemps, par dépit, parce que son chef-d’œuvre n’intéressait pas les éditeurs. C’est sa maman qui s’est battue pour qu’enfin le livre soit publié. Et quel livre ! Le seul que je pense sauver de la fin du monde (décembre 2012).


De par la bouche d’Ignatius, John Kennedy Toole a droit au dernier mot pour l’une des citations les plus mémorables de l’ouvrage, qui est la devise de beaucoup d’entre nous, écrivains : « Décidé à ne fréquenter que mes égaux, je ne fréquente bien évidemment personne puisque je suis sans égal. » JPV

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